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01.

Une histoire millénaire

LA MÉMOIRE DU VIN

Tout comme dans de nombreuses terres d’Europe Occidentale, la vigne était déjà présente à l’état sauvage sur l’Île de Beauté. Sa culture commença à partir du VIème siècle avant J-C ; les Phocéens construisirent sur la rive orientale de la Corse, le comptoir d’Alalia (Aléria aujourd’hui). Par la suite, les Romains firent évoluer la viticulture de l’île en apportant leur savoir-faire en agronomie. Un temps oublié, les cépages autochtones prennent, depuis 40 ans un développement de plus en plus fort. Le pari était audacieux et visionnaire : valoriser les productions à forte identité tout en mettant en lumière les cépages locaux. Ce mouvement a fait de la Corse une région pionnière en matière de diversité et a tracé la voie de la plupart des productions insulaires méditerranéennes.

Tout comme de nombreuses régions viticoles, l’histoire de la Corse est corrélée à celle de son vignoble. Les traces de l’Antiquité (Alalia créée en -565 av JC par les Phocéens) sont encore présentes à Aléria où des collections d’objets à caractère viticole sont exposées au Musée archéologique. Plus près de nous, la diversité des cépages témoigne de la situation stratégique de l’île, au cœur des échanges en Méditerranée, privilège géographique à l’origine de toutes les convoitises et de conflits. L’évolution des surfaces est également un indicateur fiable des crises économiques et politiques. Des vagues massives d’arrachage, où près des quatre cinquièmes du vignoble disparaissaient, racontent l’histoire d’un modèle intensif importé (32 000 hectares et 2 millions d’hectolitres).

Chronique d'une viticulture pas ordinaire

Ce modèle, sans égard pour le patrimoine ampélographique corse, a produit des vins peu qualitatifs. Par endroits, les cépages identitaires ont quasiment disparu, supplantés par des variétés allogènes ; le vignoble autochtone insulaire est en voie de disparition. L’île baigne dans un climat politique instable qui, associé aux mesures de primes d’arrachage accordées par l’Etat, entraîne une modification profonde du paysage, tant viticole que sociétal. Les maux de la Corse vigneronne sont multiples : peu ou pas d’image, viroses, perte d’identité, amnésie ampélographique… In fine, l’histoire viticole de la Corse aurait pu s’arrêter, mais c’était sans compter sur la détermination d’hommes d’horizons divers. À l’aube des années 80, sans fléchir, ceux qui constituent la filière viticole corse se donnent les moyens de la mettre à nouveau en lumière.

 

 

Vingt ans plus tôt

Des vignerons un peu prophètes avaient déjà posé les jalons des cépages identitaires. En 1959, dans le cadre de la constitution de la collection ampélographique du domaine de Vassal par L’INRA, des prospections avaient eu lieu sur l’île. Plusieurs cépages anciens, traditionnels, rares, autochtones ou non, avaient été collectés. Un peu plus tard, en 1966, la profession viticole corse, consciente de la richesse du patrimoine ampélographique insulaire et craignant la menace de le voir disparaître, amorce, via la chambre d’agriculture de la Corse du Sud, un recensement des variétés de vignes corses. La première collection ampélographique est ainsi mise en place au domaine Comte Abbatucci… La collection de Calzola, collection iconique aujourd’hui, initiera les premiers travaux de caractérisation du potentiel agronomique et organoleptique des cépages et des clones de cépages corses.


LA RICHESSE DU PATRIMOINE AMPÉLOGRAPHIQUE INSULAIRE 

DÈS 1968

Dès 1968, la voie de la typicité sera investie par des vignerons éclairés, notamment ceux de la région de Patrimonio, dont la formidable énergie aboutira à la mise en place de la première AOP en Corse. Les cépages insulaires : Niellucciu et Vermentinu, Malvoisies du Cap Corse, seront alors mis à l’honneur dans le décret créant l’appellation contrôlée « Patrimonio ». Le Sciaccarellu y sera mentionné comme cépage secondaire. Huit ans plus tard, le décret de 1976, relatif à l’appellation d’origine contrôlée « Vin de Corse » citera en sus les cépages confidentiels Barbarossa (pour toutes les appellations excepté Patrimonio) et Codivarta (uniquement pour l’appellation Corse Côteaux du Cap Corse).

 

 

Une nécessité absolue se fait jour : réorienter la production viticole vers la qualité. Deux voies seront investies : la première raisonnée, sécuritaire, sera de miser sur des cépages qui ont déjà fait leur preuve ailleurs et que l’on appelle « les cépages améliorateurs ». Elle favorisera une production qui sera le socle des vins de pays (IGP) de l’époque. La seconde, plus hardie, sera de choisir de replanter des cépages corses. C’est la suite logique de la démarche initiée par les « vignerons prophètes » des années 60. Christian Imbert, convaincu dès la première heure, créera en 1976 l’association UVA Corse. La renaissance de ce qui est communément appelé aujourd’hui les « trois cépages traditionnels de Corse » - Niellucciu, Sciaccarellu et Vermentinu – est lancée.

Commercialiser des vins issus de cépages corses, élaborés à partir de Niellucciu, Vermentinu et Sciaccarellu fut un double challenge. Il fallut à la fois combattre l’image contrastée de la viticulture corse des années 70, mais aussi éveiller les consommateurs au goût nouveau et singulier des vins corses typiques.

 

Beaucoup de ces vins firent leurs premiers pas hors de l’île sous l’égide de l’association Uva Corse. Les vignerons se déplaçaient en personne, faisant de nombreuses tournées pour présenter leur production et la commercialiser directement auprès des cavistes, restaurateurs et salons professionnels. Parallèlement, le marché local fut investi. Force est de constater aujourd’hui que quel que soit le lieu de vente, les vins corses bénéficient d’une place privilégiée sur les cartes des cavistes et restaurants ainsi que dans les linéaires des supermarchés.

IL N’Y A PAS DE MAL DONT IL NE LAISSE DU BIEN